Étrange destinée que celle de l’abeille, venue sur terre pour assurer la reproduction des plantes à fleurs et pérenniser la survie de bien des espèces.
Dans sa soif de transmettre, l’homme, tour à tour prédateur ou protecteur a, dans son ambivalence, raconté depuis la nuit des temps, les relations très particulières qu’il a noué avec cet insecte tout autant social qu’indépendant.
De siècle en siècle, de représentations rupestres en textes écrits et vestiges parfois très anciens, s’est formée une formidable chaîne du savoir ; mémoire de l’histoire qui unit l’homme et l’abeille. Encore aujourd’hui, les technologies récentes permettent, jour après jour, de confirmer, compléter, augmenter et diffuser ces connaissances.
Ce nouvel exemplaire des « Cahiers d’Apistoria » se veut être, comme les précédents, l’un des maillons de cette chaîne.
Un retour dans les archives de l’association vous propose tout d’abord, de redécouvrir, en partie, le riche patrimoine bâti du département du Var. Session Apistoria d’octobre 2019, La Roquebrussanne 83-France.
Par leur diversité, les sujets traités en copies d’actes, plutôt scientifiques pour certains, plus anecdotiques pour d’autres, s’ouvrent plus largement aux lecteurs.
Enfin, vous pourrez « butiner » deux petits textes, respectivement extraits du Bulletin de la Société Centrale d’Apiculture, et du Bulletin de la Société Romande d’Apiculture.
Apistoria vous souhaite une bonne lecture

À la redécouverte du Var
Préambule : Évoquant les ruchers en maçonnerie du sud de la France, Jean-Marie Jeanton Lamarche, alors Bibliothécaire-Archiviste à la Société Centrale d’Apiculture, écrivait :
« Quelques-uns de ces vieux vestiges, chaînons d’un grand intérêt dans la longue suite de constructions qui, du tronc d’arbre et de la poterie primitive ont abouti après combien de variations et de tâtonnements à la ruche moderne. En plus de la sauvegarde d’un patrimoine ethnologique propre à la région, il est important de préserver de l’oubli l’une des multiples composantes de la mémoire de l’abeille. »
La douceur du climat méditerranéen du département du Var a toujours été propice à l’activité apicole. La présence de nombreuses abbayes a également favorisé l’élevage des abeilles pour les besoins du culte. Les enclos en pierre sèche, bâtis à flanc de montagne étaient typiques de la région. Les bois de chênes-lièges fournissaient la matière première pour construire les ruches troncs posées sur des banquettes. Un riche patrimoine bâti existait donc, comme en témoignent les documents d’archives et les vestiges encore visibles aujourd’hui.
Le département du Var avait déjà été largement exploré par ceux qui ont, par la suite, créé Apistoria. La consultation de nos archives nous a permis, dans un premier temps, de faire la synthèse des sites déjà répertoriés par notre association. En 2019, dans la continuité de ce travail, notre association s’est fixée comme objectif de retrouver plusieurs de ces sites. Si certains d’entre eux ont été parfaitement restaurés, pour d’autres, malheureusement, le temps a fait son oeuvre.
Louis-François Canolle ; le Manuel du propriétaire d’abeilles et le rucher d’expériences
Résumé : L’époque napoléonienne marque les débuts de l’apiculture moderne. Les cours d’apiculture dispensés à Paris par Charles-Pierre Lombard, Membre de la Société royale et centrale d’agriculture, voient le jour dès les premières années de la Restauration.
Pour dynamiser une apiculture tombée en désuétude à l’arrivée des productions sucrières, les préfets de chaque département français, envoient un représentant suivre cet enseignement pour le dispenser à leur tour. À la demande de Monsieur le Préfet du Var et dans le but de développer l’apiculture dans le département, Louis-François Canolle, alors maire de Roquebrussanne, suivra en 1822, les cours de M. Lombard. A son retour il consignera dans un mémoire circonstancié ce qui lui a été enseigné. Pour satisfaire aux souhaits de Monsieur le Préfet et à la demande des apiculteurs locaux, il publiera, en 1829, son « Manuel du propriétaire d’Abeilles, d’après une nouvelle méthode, rédigé en forme de dictionnaire » et construira son « rucher d’expériences » ; ce qui lui vaudra d’être admis comme membre associé de la Société des Sciences, Belles-Lettres et Arts du Var.
Voyage de la ruche autour des Pyrénées
Résumé : Autour de la chaîne des Pyrénées, le substrat indigène de l’âge du Bronze a été Influencé par la civilisation des Ibères au sud et à l’est, par celle des Celtes à l’ouest, par les Carthaginois et les Grecs des divers comptoirs commerciaux le long de la côte méditerranéenne.
Tandis que la ruche primitive en tronc d’arbre creux se maintenait en Languedoc et en Catalogne, la ruche en éclisses des Celtes s’imposait au Pays Basque et en Aragon qui a connu aussi la ruche couchée des Grecs et des Carthaginois. Elles ont été en usage jusqu’au XXe siècle.
Le Miel d’Ibiza de Vincente Marί Torres
Résumé : « Això és mel », (C’est du miel !). Cette expression catalane convient parfaitement pour caractériser cet ouvrage au moment d’en tourner la dernière page.Comment ne pas souscrire au souhait de Vicent Marí : « ce livre soit comme un apéritif auquel chacun pourra participer en y prenant plaisir ». Sans doute a-t-il pris un bien grand plaisir à présenter cette riche culture où sont abordés toponymie, proverbes, médecine populaire, littérature, gastronomie, autant de témoins qui dépassent par ailleurs le cadre de Ibiza, mais il ne néglige pas non plus l’importance des abeilles dans le monde et s’inquiète des diverses menaces que leur/nous réserve l’avenir. Comment ne pas s’en inquiéter !
Ruches à Ibiza et Souvenirs apicoles d’Ibiza
Ruches à Ibiza
Résumé: Voici quelques années, à l’occasion de la tenue de l’Assemblée Générale d’Apistoria, l’auteur avait présenté une série de photographies retraçant l’apiculture telle qu’elle se pratiquait autrefois dans sa région des Baléares et plus particulièrement à Ibiza.
Cette conférence n’avait pu être publiée à l’époque faute d’être accompagnée d’un commentaire écrit. Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir ces ruches si particulières utilisées jadis à Ibiza. Pratiquement inamovibles, elles étaient conçues pour résister aux incendies et être quasiment indestructibles.
Souvenirs apicoles d’Ibiza
Résumé : L’apiculture des temps passés mettait en oeuvre des objets qui, par la suite, ont été abandonnés. Certains d’entre eux, jadis utilisés à Ibiza, sont décrits dans ce texte, accompagnés de quelques anecdotes. Une courge localement appelée «carabassa beiera», était utilisée pour capturer les essaims d’abeilles ; on pouvait aussi employer la partie inférieure de «sa pitrera» , un agave d’origine américaine. «Sa paella fumera», était un enfumoir qu’on remplissait de «pudrilac», la fibre interne de caroubier. Dans les grands ruchers on extrayait, le miel à l’aide de presses mécaniques.
Le miel d’Ibiza ou la longue histoire d’une tradition apicole, Vicente Marί ; Président des apiculteurs d’Ibiza -Traduit en français par Jean Courrènt
Résumé : L’apiculture à Ibiza est une très longue pratique qui a véritablement commencé 654 ans avant notre ère avec l’installation des Carthaginois. Elle est à l’image de sa casera, la ruche traditionnelle si particulière que Bernardo Lliteras, fondateur du musée de Llubí, à Majorque, disait « faite pour l’éternité ».
Depuis les années 1960, la croissance touristique a explosé à Ibiza ainsi que la demande en produits du terroir. Le Syndicat des Apiculteurs d’Ibiza a donc envisagé une inscription à une IGP sans doute justifiée et qui valoriserait une production recherchée.
La ruche à cadres des Baléares
Résumé : L’évolution qui a conduit à l’utilisation de ruches à cadres mobiles et à l’abandon progressif des anciennes ruches, sans cadres, proposées quasiment vides aux abeilles, a été la conséquence des travaux de recherche et de promotion effectués dans diverses parties du monde et en particulier par le docteur Juan Garau Salva dans les îles Baléares. Une colmena balear, ruche à cadres bien adaptée aux conditions locales, a été présentée, lors d’une réunion de la Diputación Provincial de Baleares, en 1949, et localement produite. Elle fut diffusée dans les différentes îles, afin d’y être utilisée et éventuellement adaptée aux besoins locaux.
Des Abeilles et des Hommes av. JC
Résumé: Les abeilles et les hommes se côtoient depuis des millénaires. Cette histoire va nous mener du Kalahari jusqu’en Égypte en passant par Bornéo. Nous allons aussi voyager dans le temps, puisque nous chevaucherons la frise antique de 9000 à 1000 ans avant J.-C. Un récit en sept chapitres qui se lit comme une bande dessinée.
De l’apiculture au temps des Ibères
Résumé : Entre la fin de l’âge du Bronze, vers le VIe siècle av.n.è., et la colonisation romaine, les Ibères, dont le domaine s’étendait de l’Andalousie au Bas-Languedoc, ont créé une culture à part en empruntant chez les Grecs, les Phéniciens et les Carthaginois. La demande en miel augmentant avec celle des échanges commerciaux, c’est toute une spécialisation qui est apparue et dont les archéologues retrouvent encore le témoignage principalement dans le Levant : ruches couchées en céramique, longs couteaux facilitant la récolte, entonnoirs spéciaux pour remplir les jarres, vases à collerette servant à la conservation de divers aliments dont le miel et encore en usage dans les cuisines, au siècle dernier.
Les mouchards du Gâtinais, vus par Henri Louis Hamet, dans les années 1850
Résumé: Au cours du XIX e siècle, durant une longue période, les mouchards ont pu récolter, en grande quantité sur leur vaste territoire, le fameux miel de sainfoin du Gâtinais, très apprécié sur les marchés parisiens et même au-delà, en Angleterre et en Belgique.
Pour récolter le miel, ils ne pratiquaient pas l’étouffage des colonies. Néanmoins leurs méthodes très agressives, visant à obtenir une grosse production de miel, n’étaient pas de nature à ménager la survie des colonies d’abeilles.
Butinage, « Axiomes de l’apiculteur » ; extrait du Journal des Cultivateurs d’Abeilles, marchands de miel et de cire, S.C.A. 1863.
« À propos du prix des essaims » ; extrait du Bulletin de la Société Romande d’Apiculture, 1948 Rose Aubry.
Résumé : Au cours du XIXe siècle, l’apiculture a pris un nouvel essor. Les apiculteurs ont très vite ressenti le besoin de se regrouper en Sociétés pour mettre en commun leurs connaissances et prodiguer leurs conseils aux novices. C’est à cette époque que se sont créés les premiers cours d’apiculture. En France la S.C.A., Société Centrale d’Apiculture, a été fondée en 1855 ; suivie quelques années plus tard par la S.A.R., Société Romande d’Apiculture, créée en 1876.
Deux petits textes publiés dans leurs bulletins respectifs nous apportent des conseils pleins de sagesse mais aussi teintés d’humour.
